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Comment traduire pour les enfants ?

[Article rédigé par ma consœur, Amélie Vergne, membre du collectif La Linguistiquerie dont je fais également partie]

En traduction, l’un des principaux enjeux consiste à s’adapter à son public. Mais comment procéder lorsque celui-ci est un public d’enfants parfois si jeunes que même la lecture leur est inaccessible ? Comment remplir notre objectif de communication pour s’adapter à ce type d’audience ? C’est ce que nous allons essayer de décrypter dans cet article !

Commençons par évoquer les types de contenus que cela peut concerner. Si l’on ne voit pas forcément a priori quels textes à destination d’un jeune public pourraient nécessiter une traduction, les supports sont en effet variés. On peut bien entendu citer la littérature pour enfants ou jeunesse, ou encore le jeu de société, un marché en pleine expansion et qui sait aussi s’adresser à un jeune public. Toujours dans l’univers ludique on retrouve également des supports adaptés aux enfants comme les loisirs créatifs, les jeux vidéo ou bien le matériel électronique (comme les tablettes, ça a d’ailleurs été pour moi le sujet de mon projet de fin de Master de traduction !). Enfin, pour les enfants n’ayant pas encore accès à la lecture, on peut aussi citer les contenus multimédias : dessins animés, films d’animation, comptines que l’on retrouve sur les chaînes YouTube… À l’ère du numérique, les contenus ne manquent pas !

Mais alors, concrètement, comment se passe la traduction dans ces cas-là ? L’objectif est alors double. Que ce soit en traduction, en localisation ou en transcréation, il convient à la fois d’éveiller la curiosité des enfants et d’élaborer une traduction adaptée à leur jeune âge, tout en gardant en tête que les parents devront « valider » le contenu (les adultes étant généralement décisionnaires de l’achat ou de la consultation). La traduction devra donc s’adapter à ces deux catégories de personnes.

Voyons d’abord comment susciter l’intérêt des enfants. Les normes langagières que l’on applique diffèrent bien entendu d’un domaine à un autre, et il semble assez logique que le jargon juridique employé pour traduire un contrat ne soit pas le même que celui des dessins animés que regardent nos enfants… Il convient alors d’opter pour un ton adapté à ce public, qui sera souvent jovial, incitatif, à la syntaxe courte et au vocabulaire simple mais inventif. Ce type de traduction, souvent créative, implique de savoir jouer sur les mots, mais aussi sur les sonorités et les répétitions, en particulier dans les contenus impliquant une certaine musicalité comme les comptines. Autre point à garder en tête : c’est l’un des rares contextes où se pose généralement la question de l’application du tutoiement, par rapport au vouvoiement généralement de rigueur. Ce tutoiement peut se retrouver dans certains autres contextes (sous-titrage, jeux vidéo tout public, posts sur les réseaux sociaux voire campagnes marketing de certaines marques), mais reste généralement assez rare… Cela peut donc valoir le coup de poser la question à votre client ou cliente, dont la langue ne comprendra pas nécessairement ce type de marqueurs (non présents en anglais, par exemple) : l’occasion d’aborder les notions de langue-culture, des échanges qui ne peuvent qu’enrichir la traduction !

Ces questions ne sont toutefois pas applicables à la totalité des contenus destinés aux enfants… Dont une partie sera en réalité lue par leurs parents, ou d’autres adultes ! S’il semble logique qu’un dessin animé s’adresse aux enfants, la boîte d’un jeu ou jouet destiné à des enfants de maternelle sera en réalité consultée par les parents qui achèteront le produit (ou tout autre adulte ayant décidé de couvrir de cadeaux ces enfants !). Découle de cela un autre objectif : rassurer. En traduction, cela passe par une grande rigueur, et implique parfois de revenir à un ton beaucoup plus formel ou technique. Il peut aussi être important d’adapter son vocabulaire, notamment sur les parties de textes « sensibles » comme les précautions d’utilisation. Les messages d’une œuvre doivent également convenir aux parents, qui seront les personnes décisionnaires qui achèteront le produit (dans le cas d’un livre, d’un jeu ou jouet) ou permettront à leur enfant y accéder (pour un dessin animé, une comptine…). Attention donc aux éventuels couacs culturels qui pourraient survenir ici : certains sujets ne posent pas de problèmes dans certains pays, mais sont perçus comme plus délicats à l’étranger ! À l’inverse, la localisation peut aussi s’adapter aux codes culturels afin que le message soit plus parlant : c’est par exemple la stratégie qu’a choisi Pixar dans plusieurs de ses films. Ici encore, le traducteur ou la traductrice devra faire un effort d’adaptation, en concertation avec le client. Une adaptation sera aussi peut-être requise lorsque certaines normes liées à la protection de l’enfance varient d’un pays à un autre : ainsi, la norme ESBR évaluant à quel public s’adressera un jeu vidéo aux États-Unis laissera place à la norme PEGI en France. Il existe d’autres normes propres à chaque pays (on peut également citer la loi COPPA aux États-Unis, par exemple) : autant de points qui devront être vérifiés avec votre clientèle pour vous assurer que les produits vendus sur le sol national sont conformes aux normes en vigueur locales.

La particularité de la traduction de contenu destiné aux enfants est donc qu’elle n’est pas toujours adressée à son public. Il convient alors de se pencher sérieusement sur l’objectif du texte qui fera l’objet d’un travail de traduction, et de bien en comprendre les enjeux (emplacement de publication, visibilité, limites d’âge, etc.). La traduction consistera alors ensuite à jongler entre ces objectifs et audiences multiples, pour conserver ce ton à la fois incitatif et rassurant. Il s’agit d’un exercice fascinant, mais bien plus exigeant qu’il ne pourrait le paraître de prime abord ! Le traducteur ou la traductrice devra pour cela bien entendu faire preuve d’une grande créativité (si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à consulter notre série d’articles sur la traduction de la saga Harry Potter !), mais aussi d’une grande rigueur pour livrer un travail de qualité professionnelle.

Pour retrouver tous les articles d’Amélie, rendez-vous directement ici.

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